L’OASIS, du paradis à l’enfer – [Ready] Player One

L’OASIS est un espace de réalité virtuelle mondial massivement multijoueurs décrit dans le roman de science-fiction Player One d’Ernest Cline, adapté au cinéma par Steven Spielberg en 2018 sous le titre de Ready Player One.

Dans un monde devenu chaotique, l’OASIS est devenu un refuge virtuel ayant remplacé peu à peu internet dans sa globalité. On y trouve des centaines de mondes qui proposent de nombreuses activités liées aux jeux, à la vie sociale en générale ou encore au commerce.

L’OASIS semble être un paradis sur Terre mais qu’en est-il vraiment ? Malgré tous les avertissements que nous énonce Wayne en se livrant à nous dans le roman au sujet de ce monde incroyable qu’est l’OASIS, il est difficile de ne pas être complètement captivé par l’idée qu’un tel univers soit à porté de main. C’est en essayant de prendre du recul au fil de la lecture du livre et notamment après la sortie du film qui met assez peu en avant les vices de cet univers virtuel, qu’il m’a semblé intéressant de rappeler ici les sombres aspects qui régissent cette plateforme. Voici donc 5 raisons qui font passer l’Oasis, du paradis à l’enfer.

1 – Une hypocrisie générale pour fuir un monde en perdition

« [L’OASIS] Une prison dans laquelle l’humanité [s’est] enfermée de son plein gré. Un endroit agréable où l’on [peut] ignorer la situation tandis que la civilisation [s’effondre] lentement, et ce avant tout par négligence. » Morrow

C’est le co-fondateur en personne qui le dit ! La vie sur Terre avec la surpopulation est devenue impossible. Les gens s’entassent dans des nouvelles formes de bidonvilles appelés les « Piles », se connectant nuit et jour à l’Oasis fuyant la réalité de leur vie plus que misérable. Mais le monde réel continue de tourner pendant que l’humanité, elle, s’en déconnecte au profit d’un monde virtuel plus utopique. La crise énergétique s’aggrave, le climat se dérègle, la famine se propage, la pauvreté s’amplifie, les maladies se répandent, et la criminalité et les agressions n’en finissent plus… Les gens s’entassent à quinze dans des mobile-homes insalubres empilés les uns sur les autres se nourrissant grâce aux tickets de rationnement. Mais plus rien n’a d’importance tant que la connexion wifi permet une immersion dans l’OASIS.

Qui se soucie alors de l’effondrement de la civilisation ou de la demie douzaine de guerre qui font rage pour les dernières ressources restantes sur Terre ? Certes, le réconfort de l’OASIS reste une solution agréable pour fuir cette réalité des plus déplaisante. Mais cette hypocrisie a un prix et les joueurs le découvriraient s’ils prenaient le temps de retirer leur visière sans fil. Mais cela a-t-il encore de l’importance dans un monde où la majeur partie de la population passe tout son temps libre à l’intérieur du réseau ?

« Être humain, plus nul tu meurs ! Les jeux vidéos sont la seule chose qui rende la vie supportable. » Almanach d’Anorak, chapitre 91, vers 1-2

2 – Un système éducatif bien plus strict en réalité

Si on pouvait imaginer l’idée d’un système éducatif virtuel relativement cool, on serait loin de s’imaginer qu’en contrepartie, la réalité virtuelle possède son lot de défaut, et la liste est longue. L’idée de mettre tous ces manuels scolaires dans son inventaire plutôt que de traîner un sac de cours semble effectivement très tentante.

Mais en contrepartie si vous souhaitez étudier virtuellement vous devrez vous confronter à de nombreuses règles : une tenue correcte exigée, et pas seulement les vêtements mais votre avatar devra être de genre humain et du même sexe et âge que vous. Dîtes également adieu à votre pseudo, votre avatar devra porter votre vrai prénom. Pour ce qui est du reste, l’université est payante, les bourses toujours aussi difficiles à obtenir… Rien de très réjouissant en somme. Aussi exotique que vous semble l’idée d’aller étudier sur Ludus, la planète école, le système saura vous garder dans le droit chemin. Le seul qu’il vous soit autorisé d’emprunter. Impossible de louper un cours grâce aux alertes automatiques. Et pour ce qui est d’avoir l’esprit ailleurs vous seriez rapidement recadrés par le système.

Bien sûr les combats sont interdits sur l’ensemble de la planète, n’imaginez donc pas régler vos comptes lors d’une bagarre épique entre avatar. Ne songez pas non plus à aligner un mot de travers, les filtres automatiques se chargeraient de vous mettre une sanction avant même que le moindre mot ait pu sortir de votre bouche. Au fond, le seul et véritable avantage de ce système scolaire reste bel et bien les incroyables ressources qu’offre sa virtualité. Car Ludus vous emmènera loin de la Terre et de ses désastreuses écoles surpeuplées en sous-effectifs de professeurs. Accessoirement, l’idée de pouvoir « mute » quelques étudiants relous pourra tout de même s’avérer intéressante. Mais ne vous plaignez pas en retour si tout vos camardes de classe en « mode occupé » ne daignent pas discuter avec vous entre les cours.

3 – Une simulation gratuite en apparence, mais très coûteuse dans les faits

« L’OASIS, c’est le meilleur jeu vidéo de tous les temps, et il ne coûte pas plus de vingt-cinq cents. » Publicité pour l’OASIS.

En apparence l’OASIS semble être un parfait monde virtuel abordable pour tous, mais c’est loin d’être le cas. Que vous soyez un joueur à la recherche de quêtes pour monter l’expérience de votre avatar et collectionner les plus rares des artefacts, ou que vous soyez un utilisateur à la recherche de divertissements tels que les loisirs ou le commerce, il est une chose dont vous aurez vitalement besoin pour profiter des immenses possibilités de l’OASIS : des crédits. En effet, à la création de votre avatar, vous atterrirez sur Incipio, la fameuse planète où les nouveaux avatars voient le jour. À partir de là, libre à vous de bavarder avec les autres nouveaux ou de faire quelques dépenses au centre commercial.

Mais pour ce qui est de changer de zone, et de partir réellement à l’aventure, il faudra vous acquitter du prix de la téléportation. Au vu du coût demandé pour le moindre déplacement, votre avatar risque de rester coincer sur Incipio un très long moment. Votre seule chance ? Vous faire prendre en stop par quelques amis rencontrés dans l’OASIS qui vous aideront peut-être à vous rendre sur d’autres planètes afin de commencer à monter votre XP. Alors, une longue et lente évolution vous attend. À défaut, vous ne seriez alors «  [qu’un] gamin qui se serait promené dans la plus grande salle de jeux vidéo du monde sans pouvoir faire autre chose que de regarder les autres jouer. » Parzival

« À l’intérieur de l’OASIS les choses avaient la même valeur que dans le monde réel (parfois plus), et on ne pouvait pas les acheter avec des tickets de rationnement. » Parzival

4 – Le virtuel ne sera jamais réel

« La réalité ça ne m’enthousiasme pas plus que ça, mais c’est encore le seul endroit où l’on peut faire un repas correct. » Groucho Marx

L’environnement virtuel et le réel se confondent facilement pour peu que vous ayez un système d’immersion dernier cri. Mais est-ce la réalité pour autant ? Certes certains casques permettent d’identifier les émotions et les expressions faciales pour les retranscrire sur votre avatar, mais de quoi a vraiment l’air votre avatar de licorne démoniaque avec cet air triste ? Se pose également la question des combinaisons haptiques qui permettent de sentir le contact avec les objets, les joueurs ou les conditions météorologiques dans le virtuel, rendant l’environnement extrêmement réaliste. Cependant si la simulation virtuelle de la sensation du soleil sur votre peau ne risque pas de vous provoquer un coup de soleil, elle ne risque pas non plus de vous apporter ses bienfaits naturels.

À quel point peut-on simuler le réel ? Même s’il est poussé à l’extrême, le virtuel ne pourra être qu’une reproduction du réel. Et gommer les désagréments qui composent la réalité ne pourra que l’en éloigner davantage.

« Aussi terrifiante et pénible que soit la réalité, c’est aussi le seul endroit où l’on puisse trouver le véritable bonheur, car la réalité est réelle. Tu comprends ? […] Ne commets pas la même erreur que moi. Ne te cache pas ici pour toujours. » Halliday

« La réalité est la seule chose qui soit réelle. » Steven Spielberg

5 – Game over, une erreur et c’est la fin

L’une des plus dures réalités de l’OASIS reste la possibilité de voir mourir son avatar, et de perdre ainsi à la fois toute son expérience mais également tout son inventaire et ses ressources. Vous imaginez, être arrivé au fruit d’un dur labeur au niveau ultime 99, après avoir récolté de nombreux artefacts précieux, acheté une planète comme lieu de résidence, les plus prestigieux vaisseaux spatiaux pour finalement mourir au combat et repartir à 0 ? Seriez-vous vraiment prêt à rejoindre un espace PVP si la possibilité d’une mort subite pesait sur votre avatar ? Pour peu que vous connaissiez bien le marché noir, vous apprendriez, en plus, qu’il est possible de mourir de bien des manières même dans les zones dîtes pacifiques…

Car les failles sont nombreuses et en dehors de votre sanctuaire où vous êtes le seul à pouvoir pénétrer vous n’êtes véritablement en sécurité nul part. Une seule erreur et vous finirez comme beaucoup par rembourser vos dettes en vous mettant au service de la société IOI. Nombreux sont ceux qui dans leur folie ont préféré la mort dans le monde réel plutôt que de concevoir l’idée d’avoir tout perdu au sein de l’OASIS.

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L’une des moralités apportées par les décadences de l’OASIS et de nous rappeler à quel point la réalité ne peut être ignorée au détriment d’un monde virtuel. L’OASIS est sans doute perfectible et Wayne apportera probablement quelques solutions à cela dans son monde. Mais l’OASIS nous amène également à réfléchir aux limites d’un monde où tout semble pourtant être possible et qui auraient beaucoup à offrir. Un débat d’avenir sur la réalité virtuelle très intéressant.

N’hésitez pas à partagez votre point de vue sur l’OASIS en commentaire. Et à donner vous aussi les raisons qui font de l’Oasis un véritable paradis ou un effroyable enfer !

Extrait

La connexion à l’OASIS était gratuite, mais il fallait payer pour circuler à l’intérieur de la simulation. La plupart du temps je n’avais pas assez de crédits pour me téléporter vers d’autres mondes et revenir ensuite sur Ludus. […] Chaque après-midi, assis sur la pelouse devant l’école, je contemplais avec envie ces vaisseaux qui filaient au loin dans le ciel pour explorer les possibilités infinies de la simulation. Les gamins qui ne possédaient pas de vaisseaux se faisaient prendre en stop par un ami, ou bien se ruaient sur le terminal de téléportation le plus proche […]. Mais moi, je ne partais nulle part. J’étais coincé sur Ludus, la planète la plus ennuyeuse de toute l’OASIS. […]

Non seulement il était coûteux de circuler à l’intérieur de l’OASIS, mais, en plus, cela n’était pas sans risques. Chaque secteur était divisé en de multiples zones de formes et dimensions variables. […] Il fallait se montrer prudent chaque fois qu’on entrait dans une nouvelle zone ou un nouveau secteur, et toujours être sur le qui-vive. Mais comme je viens de vous le dire, je n’avais pas ce genre de problème. […] Je restais donc coincé à l’école, et j’étais comme un gamin qui serait promené dans la plus grande salle de jeux vidéo du monde sans pouvoir faire autre chose que de regarder les autres jouer.

Sources

La lecture du roman Player One d’Ernest Cline, et le visionnage de l’adaptation cinématographique de 2018, Ready Player One de Steven Spielberg

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